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 LES MARTHYRS DE DJIRN (médiéval-fantastique) par Alexis

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Alexis (Admin)
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MessageSujet: LES MARTHYRS DE DJIRN (médiéval-fantastique) par Alexis   Dim 15 Avr 2007 - 22:18

Le premier chapitre du second tome, intitulé LES MARTHYRS DE DJIRN... bonne lecture !


« Elle vint au monde dans un village dont les Anciens n’avaient pas écrit le nom dans les textes sacrés. Elle grandit dans la masse populaire, sans relief, sans attirer l’attention. Elle mena une vie obscure, celle des gens simples, sans apparence. Elle tint cachée en son esprit son immense grandeur, ainsi que tous les autres mystères de sa vie. »
(Chronique Noire de Sioba, bibliothèque d’Aleriath, Dernier Age, an 317)




CHAPITRE 01



Le château de Kigelhn était à cinq mille pieds d’altitude. En pleine solitude. Une solitude blanche, immaculée. Aux premiers feux de cette tardive aurore hivernale, les cimes brillaient comme des pointes de diamant.
Perdue au fond du lit, Inaelle mit du temps à émerger du sommeil. Elle avait la tête lourde, une immense fatigue dans tout le corps. Dans son esprit embrumé, les idées, peu à peu, s’éclaircirent, se groupèrent, le cerveau lucide reprenait lentement sa fonction.
Le plancher de bois craqua. On tambourinait doucement à la porte. La jeune femme voulut répondre, ma sa lassitude était telle qu’elle esquissa seulement les syllabes avec ses lèvres. Les mots ne passaient pas.
Le vieux mage n’attendait pas de réponse. Le battant fut poussé et il entra avec précaution. Il eut un regard scrutateur vers le lit, rassuré.
« Eh bien !Vous voilà réveillée ! »
En disant ces mots, avec plus d’humour que d’agacement, il s’était avancé au milieu de la pièce. Inaelle se leva, passa derrière lui, se glissa dans la petite entrée et ferma la porte. Omert Chang’Ant s’assit sur un des bancs et considéra la jeune femme, qui avait grand-peine à prendre l’air sévère qu’elle voulait montrer. Il esquissa un sourire, les traits adoucis. Peut-être admirait-il la Princesse fée parce qu’elle était vraiment charmante, les joues rosies par l’émotion de son audace, les yeux brillants de combativité.
« Je vous écoute, ma Dame ! » lança-t-il.
Elle exhala un long soupir tremblé. Ses yeux ne quittaient pas le visage du mage, épiant le moindre frémissement de cette bouche qui ne souriait pas, essayant d’interpréter, de lire son destin sur ces traits familiers, pourtant si secrets.
Omert se leva avec brusquerie, et comme s’il ne pouvait plus supporter de parler en face de la jeune femme, il alla jusqu’à la fenêtre.
Elle sourit. Son ovale aux hautes pommettes avait une expression mystique. On eût dit qu’une flamme s’était soudain allumée derrière ses prunelles.
« Le temps est-il venu ? Ai-je terminé ma formation ? »
Et comme elle taisait, le visage de marbre, ce visage où il avait vu si souvent le trouble, la volupté, la tendresse et l’exaltation de l’amour, qui pouvait, maintenant, lui devenir si étranger, l’enchanteur répondit sur un timbre à peine perceptible :
« Non, pas encore… Il vous reste une quête à accomplir. »
Les traits d’Omert se durcirent. Un moment, il ressembla à une de ces figures de pierre qui veillent au seuil des temples. Un silence passa, lourd de choses inexprimées. Le mage haussa les épaules avec une résignation désespérée :
« Afin que votre pouvoir puisse s’exprimer pleinement, il vous faudra rassembler trois objets : une clochette d’argent, qui avertira vos proches et vos amis que courez un grand danger ; une dague faite d’or, qui annulera les maléfices des sorciers et enfin un bâton serti de diamants, qui possèdera le pouvoir de vous transporter où vous voudrez.
- Comment ferons-nous pour trouver ces reliques ?
- Non, pas nous, mais vous seule, devrez vous acquitter de cette tâche ! »
Il respira fortement avant de terminer sa phrase.
« Je ne peux pas intervenir dans votre transformation en Déesse du Destin. »
L’enchanteur ne savait l’effort qu’Inaelle faisait pour maîtriser ses sentiments, empêcher de sourdre la violence de cet espoir insensé qui après la révélation d’Omert, essayait de faire surface. En même temps, avec ses incertitudes et son affolement, se mêlait à son désarroi une joie sourde, ineffable, une émotion indéfinissable, jamais éprouvée. La tête lui tournait un peu et il lui semblait que les battements de son cœur résonnaient dans toute la pièce.
« Vous partirez demain à l’aube », conclut-il.

*

La jeune femme, bien engoncée dans une chaude pelisse, franchit le pont-levis et s’avança jusqu’à l’orée des bois sans se retourner. Elle apercevait le paysage ouaté, les arbres givrés et les branches féeriquement fleuries d’une broderie de cristaux.
Aussitôt, une clarté inusitée, très pâle, étincelante cependant, lui sauta aux yeux. C’était la neige épaisse, de laquelle, émergeaient quelques rares sapins. Vers la base, de rares buissons se profilaient sur les flancs immaculés. Inaëlle ferma les yeux un instant, éblouie. Quand elle les rouvrit, la jeune femme vit, proche du ruisseau qui coulait près de là, une rose, unique, d’un vermeil éclatant. La fleur se balançait sous l’effet du vent, comme une persistance d’un printemps éternel dans ce paysage hivernal. Une brume basse serpentait au-dessus du cours d’eau et complétait ce tableau poétique.
Vaincue par cet enchantement, la Princesse fée soupira. Que ce pays était envoûtant, avec ses charmes si divers et si émouvants ! Elle s’approcha, se pencha sur les pétales et en huma toutes les fragrances. Elle se remémora les paroles d’Omert : « Observez la nature, elle vous guidera sur le bon chemin… » Oui, c’était bien là, le premier signe qui la conduirait jusqu’à Julius Kanbraek, détenteur de la dague sacrée.
Elle était libérée de ses angoisses, de ses scrupules, de ses remords. Et ce n’était pas le moindre miracle de cette résurrection. Elle se sentait délivrée d’un sortilège, d’une damnable incantation dont sa conscience, comme son cœur, avait été intoxiquée. Et enfin, elle était libre ! Que cela lui apparaissait lourd de sens et de promesses !
L’oreille aux aguets, elle s’étonnait de ne pas distinguer dans ce fond sonore du paysage qui s’éveillait, le bruit particulier de la nature, celui qu’Inaelle espérait, qu’elle guettait, de tout son instinct en éveil, de toute son attention aiguisée, afin de communier en parfaite harmonie avec cette dernière. Le Mal rôdait et la faune se terrait.
Sa main s’allongea vers sa besace. Elle l’ouvrit de ces doigts malhabiles, fouilla, ne sachant pas avec exactitude ce qu’elle cherchait. Le miroir… Oui, elle avait envie de se regarder dans une glace. Quand elle se trouva devant cette face étrangère, ce reflet d’elle-même qu’elle ne reconnaissait pas – yeux creusés, lèvres exsangues –, elle esquissa une grimace. Puis, la jeune femme remit l’objet en place et se remit en marche, vers l’Est et ses montagnes infranchissables.

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