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 "Sous l'égide de Mars" - Armures

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Maud
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MessageSujet: "Sous l'égide de Mars" - Armures   Sam 2 Avr 2011 - 10:30

Un article présentant une expo à Paris :

"L'exposition « Sous l'égide de Mars » réunit jusqu'en juin au musée de l'Armée, à Paris, les plus belles armures des princes européens de la Renaissance, quand brillaient les derniers feux de la chevalerie. L'occasion de saluer l'exceptionnelle école maniériste française du XVI e siècle.

Il y a mille manières de voyager dans le temps afin d'entrer dans une époque disparue : littérature, cinéma, potions magiques et autres élixirs prohibés. Le musée de l'Armée en propose une autre. L'exposition « Sous l'égide de Mars » dévoile une période peu connue de l'histoire de l'Europe médiévale, qui est aussi celle de sa fin : le maniérisme des cours princières de 1530 à 1570. Et ce, par un biais original et peu usité : les armures des princes d'Europe. Dans l'imaginaire collectif, celles-ci sont indissociables du Moyen Age et d'une institution née et disparue avec lui : la chevalerie. Cette réalité devenue mythe connaît de fréquentes résurgences à travers le cinéma - Eisenstein et ses chevaliers teutoniques dans Alexandre Nevski, Star Wars, Le Seigneur des anneaux, Excalibur, etc. Elle abonde aussi aujourd'hui dans les jeux vidéo où elle est associée pour le meilleur et pour le pire aux quêtes les plus extravagantes. Quels que soient les thèmes évoqués par les armures (la guerre, la quête, les tournois, la chevalerie) et les sentiments contrastés qu'elles suscitent (mystère, effroi, admiration), leur puissance suggestive demeure intacte.

«Je voyais bien les princes, les hautes lances, les chevaliers, la pourpre, les verts, les grenats, toutes les armures en rubis, tout le bastringue.» On aurait tort de ne voir dans cet extrait de Mort à crédit qu'une divagation lyrique d'un Louis-Ferdinand Céline inspiré. Le fabuleux spectacle proposé aux Invalides donne raison à l'écrivain. Ce «bastringue» dont il parle, le musée de l'Armée en possède l'une des plus importantes et plus belles collections au monde, à laquelle sont venues s'ajouter pour les besoins de l'exposition des pièces d'exception provenant d'autres musées français et étrangers : le Rüstkammer de Dresde, le Livrustkammaren de Stockholm, le Kunsthistorisches Museum de Vienne, l'Armeria Reale de Turin, le Royal Armouries de Leeds, etc. L'occasion rarissime de plonger dans la période terminale de l'armure et de la chevalerie, que condamneront bientôt le développement des armes à feu et l'évolution de l'art militaire. Elles cesseront alors d'être des instruments de combat pour devenir œuvres d'art et symboles.

La complexité et la richesse des pièces exposées est saisissante. A commencer par l'armure d'Henri II le dauphin, gravée à l'eau-forte et recouverte de motifs floraux entrelacés jusqu'au vertige. Pureté des lignes. Elégance des courbes. L'alliance parfaite du raffinement et de la sobriété. Hiératique, mystérieux et menaçant, l'armet (heaume) fascine. On est très loin des formes lisses, des courbes simples et de l'acier brillant poli à blanc qui caractérisaient les armures de la chevalerie naissante et de ses successeurs. C'est qu'entre Saint Louis et François Ier la Renaissance est passée. Réaction contre l'objectivisme et le naturalisme des pères fondateurs, la «maniera grande» s'est imposée dès 1530. Elle est avant tout primat de la forme, de la courbe, de l'entrelacs, de la multiplication des plans, de la richesse symbolique, de la déformation des lignes, du choc esthétique. Venue d'Italie, elle s'est répandue en France par le biais de l'école de Fontainebleau. Dans le château du même nom, la décoration de la galerie François Ier a constitué un répertoire de motifs décoratifs : scènes à l'antique, serpents, atlantes, guirlandes et trophées. Ils furent utilisés, modifiés et adaptés, notamment par Etienne Delaune et Jean Cousin le Père, qui fournirent leurs modèles aux ornementistes, orfèvres et graveurs. Les armuriers français se distingueront de leurs homologues européens par l'excessive subtilité de leurs décors, la complexité de leur perspective, le nuancé de leur modelé. Leur influence s'étendra à travers l'Europe via les ateliers flamands, comme en témoigne le féerique et solaire ensemble équestre dit « armure d'Hercule », destiné au roi Erik XIV de Suède, réalisé à Anvers et dessiné par Eliseus Libaerts.

Armures ? Pièces d'orfèvrerie ? œuvres d'art ? La question se pose. Sous l'influence du maniérisme, l'acier s'est enrichi de décors multiples. Les jeux d'ombres et de lumières sont de plus en plus raffinés. Le métal, excessivement travaillé, peut être gravé, repoussé, ciselé, damasquiné, détaillé jusqu'à l'excès. Les dossières, plastrons et autres morions se couvrent de fresques exubérantes et chamarrés, surchargées de références symboliques (de la mythologie grecque à l'astrologie). Ainsi de cette bourguignotte à la chimère sortie des ateliers français vers 1560 et magnifiquement décrite par Jean-Pierre Reveneau (page 298 du catalogue de l'exposition *) : «Un décor de rinceaux habités traités en faible repoussé et noircis qui se détachent sur un champ entièrement doré; des masques, des représentations du crabe évoquant les spéculations astrologiques de l'époque, des animaux fantastiques, des créatures issues de la fable et des chimères s'ébattent entre les cornes d'abondance et les rinceaux bleuis; la haute crête à laquelle s'adosse une cariatide ailée à corps de femme engainée de feuillages sert d'appui à une figure de dragon, traitée en ronde-bosse, dont le corps recouvert d'écailles dorées est prolongé d'un long appendice descendant vers le couvre-nuque.» Quel feu d'artifice ! Quelle débauche ! Quelle charge - ou surcharge - esthétique !

Jamais sans doute, les armures des princes d'Europe ne furent aussi belles qu'entre 1530 et 1570 ; jamais non plus, elles ne furent aussi inutiles. Cet apparent paradoxe recouvre une relation de causalité : c'est parce qu'elles étaient devenues obsolètes et condamnées par l'histoire qu'elles tombèrent entre les mains des arts décoratifs. La valeur symbolique et la valeur d'échange prirent alors le pas sur la valeur d'usage : symbole de la puissance et du rang, du sang et du lignage, de la richesse et de la noblesse des origines (la chevalerie et son éthique) dont se targuaient ceux qui les portaient. Symbole mais également signe d'une maîtrise artistique et technique assurant dans toute l'Europe la renommée des ateliers qui les produisaient, ainsi que le talent et le savoir-faire d'artisans de tous ordres (forgerons, graveurs, doreurs, ornemanistes).

A la fin du XVIe siècle, les armures jettent leurs derniers feux avant de disparaître. A travers leur apothéose, l'exposition du musée des Invalides nous redonne le goût d'une Europe médiévale finissante, mélange de faste et de raffinement. On la quitte avec émerveillement... et amertume.

«Sous l'égide de Mars. Armures des princes d'Europe»

Musée de l'Armée, hôtel des Invalides, 129, rue de Grenelle,

75007Paris (01.44.42.38.77). Jusqu'au 26juin."

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